1 – Un rappel des faits

Pour comprendre la crise ukrainienne, il est utile de lire ce qu’un géostratège américain comme Zbigniew Brzezinski, dès 1997 dans son fameux ouvrage Le Grand Échiquier, disait de l’Ukraine, à savoir que ce pays serait le marchepied de la Russie vers la reconstitution de son empire et que par conséquent il est un impératif pour les américains de soustraire ce satellite à l’influence du Kremlin. On saisit dès lors l’enjeu majeur que représente l’Ukraine pour les États-Unis. Du côté de l’Union européenne, on relèvera l’attitude des allemands dans l’entretien et l’accroissement des tensions. Rappelons qu’au départ, le conflit a débuté par la volonté que les européens avaient d’ingérer l’Ukraine par un accord de libre-échange. Pour l’Allemagne, l’intérêt de ce dernier était de lui permettre d’étendre encore davantage son Hinterland et de pouvoir agrandir sa base de main d’œuvre à bas coût salarial puisque son économie est organisée de telle sorte qu’elle fait sous-traiter dans les pays de l’Est la fabrication des pièces qu’elle importe ensuite pour les assembler chez elle dans ses usines.

Mais l’accord en question fut finalement refusé par le président ukrainien alors en place, Viktor Ianoukovitch, sans doute sous la pression russe. S’en est suivie une grande manifestation de contestation pro-occidentale, dite manifestation de Maïdan, qui a fini par déboucher sur le renversement du régime en place. Il est intéressant de remarquer que cette révolution, car il faut bien l’appeler ainsi, a été encadrée pour partie par des groupes néonazis ukrainiens. Ainsi la politique étrangère des élites américaines et de l’Union européenne consiste-t-elle à s’allier avec des extrémistes dans toutes les régions où ils entendent intervenir, que ce soit les fondamentalistes musulmans au Moyen-Orient ou bien l’extrême-droite en Ukraine. Et ce sont ces mêmes élites qui vont fustiger dans les discours le fondamentalisme religieux et le fascisme.

Vladimir Poutine profita du désordre institutionnel et constitutionnel qui se mit à régner en Ukraine pour rattacher la Crimée à la Russie. Au-delà des questions de droit international de savoir quel principe il faut faire prévaloir, celui d’intangibilité des frontières ou celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il est nécessaire de souligner que la Crimée est culturellement, anthropologiquement, linguistiquement russe, et n’a été raccrochée à l’Ukraine qu’en 1954 par une décision totalement arbitraire du dirigeant soviétique de l’époque Nikita Khrouchtchev (1).

Face à la déroute militaire de l’armée de Kiev, Angela Merkel et François Hollande se sont empressés d’aller rencontrer Vladimir Poutine afin de signer les accords dits de Minsk I et Minsk II (2) que les médias occidentaux nous présentent comme des accords de cessez-le-feu alors qu’il s’agit en réalité purement et simplement d’accords de reddition. Il semblerait que l’Union européenne n’accepte la paix que par la défaite des armes (3). Les États-Unis, quant-à-eux, formuleront le souhait de poursuivre les combats et pour ce faire de fournir à Kiev, en plus de leurs « conseillers militaires », des armes supplémentaires.

2 – La situation présente

Mais les accords de Minsk sont en train, dans les faits, d’être rompus tandis que des heurts de plus en plus importants ont lieu entre les forces de Kiev et les séparatistes.

En effet, dans l’Ukraine de l’ouest, les groupuscules néonazis, qui avaient déjà été parties prenantes lors de la révolution de Maidan, aveuglés par leur haine antirusse, veulent reprendre les hostilités. A cet égard, il faut également préciser que le gouvernement de Kiev lui-même adopte une attitude pour le moins belliqueuse et ne fait rien pour apaiser les tensions qui existent. Du côté de ceux qu’on appelle les insurgés, beaucoup souhaitent une reprise des combats car ils connaissent leur supériorité militaire par rapport à l’armée de Kiev et regrettent que Moscou, en leur aient imposant un cessez-le-feu par les accord de Minsk, ne leur ait pas laissé davantage en profiter.

La question à l’heure actuelle n’est pas en réalité de savoir si Vladimir Poutine a ou non la volonté d’annexer les régions de Donetszk et de Lougansk comme il l’a fait avec la Crimée, mais de savoir s’il pourra à terme résister à la dynamique de rattachement du Donbass à la Fédération de Russie. La solution qui avait été envisagée pour résoudre le conflit, celle d’une fédéralisation de l’Ukraine, c’est-à-dire, au nom du principe de droit international d’intangibilité des frontières, de préserver l’intégralité territoriale de l’Ukraine et d’accorder concomitamment une plus grande autonomie aux régions russophones, paraît de plus en plus inapplicable tant un fossé de sang immense s’élève désormais à cause de la guerre civile qui rend difficile la cohabitation entre les ukrainiens de l’ouest et ceux de l’est au sein d’un même pays. Ainsi, la volonté des ukrainiens de se séparer est particulièrement significative quand le gouvernement de Kiev prend la décision de ne plus verser les pensions et les retraites à la population du Donbass, et aussi quand cette dernière utilise de plus en plus le Rouble russe au détriment de la Hryvnia, la monnaie ukrainienne.

Il n’est à pas douter que si demain l’Ukraine éclate, les médias occidentaux ne manqueront pas d’accuser le président russe, alors qu’à l’examen des faits, il apparaît que la responsabilité, le cas échéant, reviendrait bien davantage aux États-Unis et à l’Union européenne.

Tan-Toan NGUYEN

  • Mathilde Gérard, « D’un simple décret, Khrouchtchev fit don de la Crimée à l’Ukraine en 1954 », Le Monde, 15 mars 2014.
  • Isabelle Lasserre, « L’accord de paix de «Minsk 2», entre espoir et doute », Le Figaro, 12 février 2015.
  • Tan-Toan Nguyen, « La réalité sur l’Union européenne », 15 février 2015.
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