Pourquoi parler du chômage et de l’Europe ? Pourquoi plus précisément faire le lien entre le chômage et l’Europe ? Car se limiter à analyser le chômage en France, c’est se restreindre à ne faire que le constat de la conséquence. Tandis qu’introduire l’Europe dans cette valse à trois temps, c’est remonter jusqu’à la cause de la conséquence. C’est donc émettre un diagnostic qui ne condamnerait pas à lutter désespérément et de manière inefficace contre les symptômes, mais permettrait de découvrir la racine du mal ; et poser ainsi la condition sine qua none de la suppression du phénomène.

Car voilà l’effrayante réalité : Hollande, Valls et toute la clique de ceux qui nous gouvernent n’ont plus le pouvoir de faire de la politique. Quand ils affirment qu’ils vont résorber le chômage, ils mentent assurément. Mais à leur décharge, il faut énoncer qu’ils ne portent pas entièrement la responsabilité du désastre. Que leur responsabilité première, ce serait plutôt celle d’une abstention, celle de ne pas dire aux français que les leviers de la politique économique française ont été transférés dans les traités européens. Et celle bien sûr de ne rien faire pour récupérer ces leviers. Qu’on comprenne bien toute la mesure de cette assertion qui ne signifie pas moins que la fin de la démocratie. Car comment interpréter autrement la soustraction à la délibération des peuples de questions aussi essentielles que l’indépendance de la Banque centrale ou encore la fameuse « stabilité budgétaire » qui n’est que l’autre nom de l’austérité ? A la lumière de ces faits, on saisit mieux pourquoi rien ne change jamais sous le soleil, qui brille depuis des décennies, de l’alternance entre la droite et la gauche ; la récente arrivée au pouvoir de Hollande ne faisant par ailleurs que révéler de plus en plus à ceux qui ne l’avaient pas déjà compris le véritable lien entre l’UMP et le PS qui est celui de la gémellité.

Dans cette pièce de théâtre où les dialogues ont été soigneusement écrits à l’avance et où les acteurs ont l’interdiction absolue de s’en écarter, certains seraient tentés d’introduire un troisième protagoniste. Un trouble-fête dont les répliques ne seraient pas prédéfinis. Je n’évoquerais pas ici les partis dits populistes en Europe car il y en a trop et qu’ils ne sauraient composer un bloc monolithique soumis à une inspection commune. Quel rapport en effet établir entre le parti islamophobe de Geert Wilders en Hollande et le Jobbik hongrois islamophile ? A défaut donc de pouvoir embrasser le populisme d’une seule étreinte, je me contenterais de traiter uniquement dans cet exposé du Front National.

Dans ce régime totalitaire dans lequel nous vivons, le rôle qui a été attribué à la SARL Le Pen est celui de Goldstein dans le roman de George Orwell 1984, à savoir l’ennemi utile. Une fois qu’on a dit que Jean -Marie Le Pen a été poussé complaisamment dans les grands médias par François Mitterrand afin d’affaiblir la droite, on n’a pas tout dit, loin de là. Quand on dit que le but du Front National est de capter le mécontentement des français, qui ressentent par instinct que leurs difficultés viennent de la Désunion européenne (1), pour mieux les conduire vers l’impuissance politique, seulement là on regarde la vérité les yeux dans les yeux.

Comment expliquer sinon ce non-sens intellectuel contenu dans le programme du Front National qui consiste à invoquer l’article 50 du traité sur l’Union européenne pour renégocier les traités, alors que l’article 50 en question ne dispose en aucune manière d’une quelconque renégociation mais de la possibilité pour un État membre de décider unilatéralement de sortir de la Désunion ? Ajoutons que cela est pour nous l’occasion de faire une mise au point sur la perspective d’une révolte dans le cadre européen afin de dire qu’elle est tout simplement impossible. Car tout traité ne se révise qu’à l’unanimité de ses signataires. Et dans une Europe à 28, autant dire que cela revient à attendre que les poules aient des dents. Le Front National est donc pour ma part à renvoyer dos à dos avec le Front de gauche, tous deux n’ayant pas justement appréhendé que pour qu’une lutte sociale et d’indépendance ne soit pas stérile, il fallait impérativement qu’elle s’inscrive au niveau national. Quitte ensuite par effet de contagion à déborder celui-ci pour atteindre à l’internationalité. La libération nationale est bien le levier préalable pour actionner un changement à l’échelle internationale.

Notes :

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