L’arrivée de Marine Le Pen à la tête du Front National ne marque pas seulement un changement de style et de communication mais aussi un changement idéologique du parti. En effet, à l’origine, Jean-Marie Le Pen se voulait être un défenseur du néolibéralisme (le « Reagan français »), ce qui était par ailleurs une position inconciliable avec son anti-immigrationnisme étant donné que l’immigration est précisément la conséquence de la politique néolibérale. Marine Le Pen, quant à elle, a adopté un programme économique qu’on pourrait qualifier traditionnellement « de gauche » puisqu’il prône le protectionnisme et la sortie de la logique de la dette entre autres. L’évolution de la sociologie des électeurs du Front National accompagne bien cette transformation : le FN était le parti des classes moyennes, il s’est muté depuis lors pour devenir celui des ouvriers et des jeunes (autrement dit des populations les plus fragiles dans la mondialisation économique).

Un point du programme de Marine Le Pen laisse supposer que le Front National n’a pas encore totalement opéré un changement idéologique salutaire. Je précise que je n’ai rien contre l’idée d’une interdiction de la double nationalité même si je pense qu’il s’agit là d’un signe de perte de confiance dans le modèle français (car si la double nationalité a été autorisée, c’est au fond avec le sentiment que les français qui partageaient une autre nationalité éprouveraient toujours davantage d’attachement pour la France, en raison du génie de sa culture, de son Histoire, de ses paysages et j’en passe). Mais là où je suis profondément en désaccord, c’est quand cette interdiction de la double nationalité telle qu’elle prévue par le Front National fait la distinction entre français d’origine européenne qui auraient le droit de conserver leurs deux nationalités et français d’origine extra-européenne qui seraient à l’inverse contraints de n’en choisir qu’une.

Il y a là rupture du principe d’égalité. Par cette différence de traitement, le Front National fait entendre qu’il n’a pas abandonné une certaine conception communautaire de l’identité française (un comble pour un parti qui prétend lutter contre communautarisme au nom de la République) qui bien qu’elle accepte la diversité considère malgré tout que le peuple français serait par essence blanc et catholique. Et puis sur quelle justification reposerait cette distinction ? Un écart culturel moindre qui faciliterait l’assimilation des uns par rapport aux autres ? Pourtant si la France a en commun avec des pays européens comme par exemple la Pologne ou le Danemark la chrétienté, elle partage avec certaines de ses anciennes colonies du Maghreb et d’Afrique subsaharienne la francophonie.

Il ne faut pas se tromper de combat. L’immigration est une traite négrière contemporaine qui ne dit pas son nom, mais c’est un problème économique avant d’être un problème identitaire. Loin de moi également l’idée de nier les racines de la France qui sont catholiques quoiqu’on en dise. Mais j’affirme que l’identité française est universaliste (contrairement à l’identité allemande ou anglaise), qu’elle est une et indivisible. Cela remonte depuis la Révolution française qui est la concrétisation des philosophies des Lumières et qui veut que ce soit la volonté des membres qui la compose qui forme une nation (c’est le fameux « contrat social » de Rousseau). Cette conception de l’identité française a été réaffirmé lors du conflit à propos de l’Alsace-Lorraine qui a opposé la France à l’Allemagne. Les allemands revendiquaient cette région arguant que les alsaciens et les lorrains étaient de race germanique, ce contre quoi les français soutenaient que peu importe puisque les alsaciens et les lorrains étaient avant tout français par leur simple volonté de l’être.

Le discours idéologique soi-disant sur la tolérance servant à justifier l’immigration de masse cache une réalité bien moins humaniste. C’est là où la naïveté (ou la malhonnêteté) gauchiste rejoint de façon perverse l’intérêt du grand patronat car il s’agit en effet pour ce dernier d’importer sur notre territoire une main d’œuvre à bas prix composée de populations du Tiers-monde fuyant l’extrême misère de leurs pays d’origine. Cette logique décrite est couplée à celle des délocalisations, le raisonnement étant le même, à savoir la recherche permanente de la baisse du coût de production et de la rentabilité maximale.

Néfaste pour la population autochtone qui voit se déverser autant de nouveaux demandeurs d’emploi qui sont pour eux autant de concurrents directs sur le marché du travail, le mécanisme de l’immigration de masse conduit inéluctablement à une baisse générale des salaires, particulièrement dans les secteurs peu qualifiés. C’est ce que certains appellent le « dumping social ». Quant au sort des immigrés, victimes du capitalisme mondialisé, ils sont contraints de se déraciner pour aller exercer une activité sous-payée dans un pays qui n’est pas le leur. Dans ces conditions, est-il possible de considérer sérieusement leur situation comme enviable ? Compris de cette manière, l’immigration telle qu’elle est pratiquée doit être envisagée comme une véritable traite négrière déguisée.

Mais au-delà de l’analyse purement économique, il faut également prendre en compte la problématique de la cohésion au sein d’une communauté. Je ne peux pour ma part souscrire à la vision intégralement économiste qui ne catégorise les individus qu’en tant que consommateurs, producteurs etc. Avec la crise de la monnaie unique, nous sommes bien en train de redécouvrir douloureusement l’existence des peuples et de leurs différences culturelles.

Pour autant, l’immigration ne présente t-elle que des désavantages ? Ceux qui prônent « l’immigration zéro » citent souvent en exemple le Japon comme modèle. Ils font alors l’impasse sur le fait que le Japon est une île, ce qui n’est pas le cas de la France, et sur la réalité anthropologique nippone qui est beaucoup moins universaliste et ouverte que celle française. Il faut aussi ajouter que l’utilisation de l’exemple du Japon est très maladroit dans la mesure où ce pays connaît un désastre démographique puisque d’ici 2050, c’est environ quarante millions de japonais qui devraient tout simplement disparaître. A l’étude de ces éléments, il est donc impossible de conclure que la solution japonaise est transposable de quelque manière que ce soit. La démographie des pays développés est ainsi faite qu’elle tend, symptôme de l’individualisme des sociétés occidentales, à décliner. Or la France est précisément dans une dynamique inverse grâce en partie à son immigration qui lui permettra d’échapper à l’extinction de sa population à terme.

L’immigrationnisme est catastrophique et la doctrine de « l’immigration zéro » est stérile. Ainsi, plutôt que d’adopter l’une ou l’autre des positions, c’est l’esprit du patriotisme et les leviers de l’assimilation qu’il faut restaurer pour que la France vive.

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