Et si comme pour l’URSS, la dislocation de la structure de l’eurozone se produisait avec le consentement de son centre névralgique ? Rares moments de l’Histoire où les intérêts de ceux qui tiennent le haut du pavé rejoignent ceux du peuple qui arpente le bitume. La prospective est audacieuse quand on sait tous les avantages que les allemands ont tiré de la monnaie unique – avantages qui ne tenaient pas tant à sa faible valeur par rapport à l’ancien Deutsch Mark qu’à l’effet de menotte qu’elle avait sur les autres pays européens en les empêchant de se défendre contre le rouleau compresseur de l’industrie germanique. Mais celle-ci se tourne de plus en plus vers l’extérieur de l’Union européenne en ce qui concerne ses exportations, et ce d’autant plus que la politique d’austérité imposée de manière inconsidérée (puisque cela revenait selon la formule bien connue à « scier la branche sur laquelle on est assise ») par l’Allemagne à ses partenaires intrazones a asséché la consommation de ces derniers.

Étant donné la pyramide des âges des allemands, ils ont besoin d’avoir une monnaie forte. Or l’euro est en train précisément de connaître une dévaluation par rapport au dollar. Et avec la crise que connaît non seulement la Grèce (1), mais aussi l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et demain la France, sera toujours rebattue sur la table la nécessité de l’instauration d’une « Union de transferts » dont l’Allemagne sera bien sûr la première contributrice et qui aura pour conséquence certaine de tuer son économie. On en revient au problème fondamental de l’euro qui est qu’on a voulu imposer une même monnaie à des peuples européens profondément différents.

La Banque Centrale Européenne (BCE) en coupant les liquidités à la Grèce la contraint à ne pouvoir se financer auprès d’elle qu’à travers la procédure dite ELA (Emergency Liquidity Assistance) dont la mise en pratique concrète revient aux banques centrales nationales. Par cette décision, Mario Draghi (président de la BCE), sans doute sous l’influence d’Angela Merkel, fait-il autre chose que d’inciter les dirigeants grecs (qui par ailleurs ne le veulent pas) à prendre la porte de sortie de l’euro ? Mais cause de son lourd passé historique, l’Allemagne ne peut pas se permettre qu’on l’accuse de mettre en danger la construction européenne.

Et si l’Allemagne voulait crucifier la monnaie unique mais que comme Ponce Pilate, elle cherchait également à se laver les mains d’une telle responsabilité en la déchargeant sur le dos des grecs qui n’en demandaient pas tant ?

 

 

Publicités