Phénomène impressionnant que tout voyageur peut constater : l’uniformisation culturelle.

Partout en Europe et dans le monde, les jeunes générations connaissent How I met Your Mother et Lana del Rey.

Une sous-culture commune, partagée par tous, émerge, à travers les sites internet, aussi bien à travers l’offre légale (Youtube, Apple Store) que l’offre illégale (PirateBay & Co).

Le manque à gagner des producteurs hollywoodiens, qui voient leurs contenus piratés échangés librement sur internet, est compensé par le bénéfice énorme apporté à l’économie américaine.

Pour comprendre ce point de vue, il faut déjà constater la baisse constante d’impact des publicités « externes », c’est à dire les publicités identifiées comme telles, diffusées en dehors du programme. La plupart des jeunes générations ne  « voient » plus ces pubs, ils les regardent sans les voir.

Ces pubs sont remplacées avantageusement par des pubs « internes », c’est à dire des pubs intégrées au contenu. C’est le concept du placement produit, ainsi James Bond ne conduit plus une Aston Martin mais une BMW. Suivant ce modèle, même si les gens n’achètent pas le DVD, les producteurs peuvent se rémunérer en nouant des partenariats avec les marques. Certains films se prêtent mieux à ce jeu que d’autres.

Mais prenons un instant, pour regarder plus loin que le bénéfice financier immédiat. La diffusion massive des œuvres américaines en ligne gratuitement a deux conséquences majeures, bénéfiques pour l’économie américaine.

Premier avantage, toute cette culture du divertissement hollywoodien disponible gratuitement sur internet, se traduit par des millions de locuteurs de l’Anglais supplémentaires chaque année. Cela assoit la domination linguistique de la langue anglaise à travers le monde et donne un avantage considérable aux entreprises américaines pour le développement international : tous leurs employés parlent déjà Anglais, et peuvent facilement trouver à l’étranger des interlocuteurs qui parlent Anglais. En revanche, les entreprises françaises sont obligées d’avoir recours à du personnel polyglotte pour exporter, personnel plus rare et plus cher.

Deuxième avantage, le placement produit ultime. Toute la production ‘‘culturelle’’ américaine dont s’abreuve des millions de pirates à travers le monde, est marquée du sceau d’un placement produit plus insidieux que les autres. C’est un produit invisible, mais je fais référence aux valeurs et au modèle social américain qui imprègnent ces productions. Bref, loin de miner l’écrasante supériorité de Hollywood, internet et le P2P lui assurent une audience maximum pour faire passer le point de vue américain.

Certes, cette évolution se fait malgré les studios américains, qui n’ont pas renoncé à leur modèle économique classique. En revanche d’autres organisations américaines plus « intelligentes » ont compris l’intérêt d’accroître son audience. L’Université Harvard a ainsi décidé de mettre en ligne ses cours à disposition du public.

Avec la révolution numérique, l’information est surabondante et standardisée. L’information n’a plus de valeur intrinsèque, ce qui a de la vraie valeur, c’est l’accès au « temps de cerveau disponible » qu’obtiendra l’information. Un cours de Harvard n’a en soi plus aucune valeur, puisqu’il est copiable à l’infini, instantanément. Ce qui a de la valeur, c’est le temps qu’un étudiant va devoir consacrer à assimiler ce cours. Ce qui a de la valeur, c’est l’influence que la lecture de ce cours pourra avoir sur les opinions politiques d’une génération de décideurs.

Pour moi, avec Hadopi, la France est en train de se tirer une balle dans le pied. On est train de perdre l’opportunité de toucher des générations entières.

A cause de Hadopi, ou peut-être de leur popularité moindre (soyons réaliste), les œuvres françaises sont aujourd’hui plus rares et plus difficiles à trouver sur internet que les œuvres américaines.

A coût minime, l’Etat Français devrait créer un MegaUpload national qui serait un service public. Sur ce site seraient diffusées gratuitement quantité d’œuvres françaises. Il y aurait accès à des méthodes d’apprentissages du Français (Pimsleur, Rosetta Stone ou autre) de telle sorte que n’importe quel quidam à travers le monde souhaitant apprendre le Français aurait immédiatement accès à un puits infini de ressources.

Voilà une action qui, pour une somme relativement modique, favoriserait le rayonnement culturel de la France et donnerait un coup de boost aux exportations du pays.

Evidemment, on peut, et on doit, aller beaucoup plus loin. A terme, il faudra développer un service public de e-learning permettant aux gens qui le souhaitent de s’autoformer facilement de chez eux. Cela serait une utilisation bien plus utile des fonds publics que le recrutement de 10 000 ou 20 000 professeurs supplémentaires.

Il est bien dommage que la classe politique actuelle, à droite comme à gauche, ne comprend pas l’immense opportunité qu’un partage de la connaissance facilité aurait sur l’économie française.

A. S.

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