I. Le schéma de la construction européenne remis en question

Il y a 10 ans, lorsque l’euro a été introduit, c’était chose entendue que l’avenir serait constitué de plus d’intégration européenne.

Je fus moi-même un euro-enthousiaste pendant de nombreuses années, chose qui tenait plus à mon environnement qu’à une quelconque réflexion personnelle. Etre contre une Europe fédérale, c’était longtemps synonyme de ringardise, on était tout de suite étiqueté FN. Je connaissais quelques souverainistes, et moi-même je les considérais avec condescendance. Parlant plusieurs langues, j’ai travaillé à l’étranger. J’ai voté Oui au référendum sur la constitution Européenne en 2005, et j’ai voté Europe Ecologie aux dernières élections européennes. Je suis donc le premier étonné de l’évolution de mon point de vue sur la question européenne. C’est d’abord mon expérience au contact de cette Europe-là, ainsi que l’évolution récente de la situation, qui m’ont forcé à revoir entièrement ma position. J’estime donc ne pas pouvoir être taxé d’anti-bruxellisme primaire, et j’espère qu’on m’accordera que cette réflexion est d’abord motivée par un constat lucide. Mais revenons à l’euro.

L’euro a été introduit pour des raisons idéologiques mais n’a pas de sens d’un point de vue économique. Il est l’incarnation des plus profondes tares de la construction européenne. La construction européenne a toujours fonctionné suivant le schéma suivant :

  • Première étape : on introduit une intégration économique sans vraiment demander l’avis des peuples concernés. Quand on demande l’avis au peuple, c’est après un matraquage médiatique unanime de tous les médias en faveur du « oui », jusqu’à ce que les sondages estiment que le « oui » va l’emporter [1]. Si le peuple refuse, soit on le fait revoter jusqu’à ce qu’il change d’avis [2], soit on passe outre son avis par un moyen détourné [3].
  • Deuxième étape : l’intégration économique entraîne des bouleversements qui ne peuvent être résolus que par une plus forte intégration politique. Ainsi le marché commun au sein de l’UE nécessite que les normes sur les produits soient décidées à Bruxelles. Et l’euro fait que la politique monétaire est décidée par la BCE.

Depuis ses débuts, la construction européenne a appliqué cette méthode dans le but de créer une « solidarité de fait », de l’aveu même de Robert Schuman [4]. Pour prendre un exemple schématique : si tout le charbon est allemand et tout l’acier français, il sera difficile aux deux pays de se déclarer la guerre [5].

C’est ce schéma, par essence purement technocratique, qui montre aujourd’hui ses limites.

II. L’Union Européenne a échoué dans ses objectifs politiques

La raison d’être de l’Union Européenne tient en deux objectifs politiques majeurs :

  • éviter les guerres futures en augmentant l’interdépendance entre les pays
  • permettre aux pays européens de peser à nouveau sur la scène internationale, à une époque (l’après-guerre) où seuls les Etats-Unis et l’URSS semblent avoir la taille critique pour être influent.

Force est de constater que ces deux objectifs ont échoué.

1) La politique de l’UE favorise les tensions entre nations au lieu d’encourager l’amitié entre les peuples

Concernant le premier objectif, la situation actuelle favorise plus que jamais les tensions entre les pays. Les Allemands veulent envoyer un Gouverneur à Athènes, chargé de vérifier que les Grecs se serrent bien la ceinture comme promis, et les Grecs traitent les Allemands de nazis et en sont à réclamer des réparations de guerre. Les cures d’austérité imposées par les structures technocratiques entraînent une montée des partis d’extrême droite dans toute l’UE. Aube Dorée en Grèce n’en est que l’exemple le plus inquiétant. Daniel Cohn-Bendit a beau jeu de faire la leçon au représentant Hongrois au parlement européen sur des prétendues compromissions avec l’extrême droite [6], alors qu’en France le FN n’est pas passé loin du deuxième tour de la présidentielle, et a placé deux députés à l’Assemblée Nationale. Mais dans quasiment tous les pays de l’UE on constate une poussée des nationalismes, comme une réaction allergique des peuples à une démocratie de plus en plus bafouée par les diktats technocratiques de Bruxelles et du FMI.

2) Les intérêts irréconciliables expliquent l’incapacité à parler d’une seule voix

Concernant le deuxième objectif, la cacophonie des 27 pays de l’UE, qui ne sont d’accord sur rien, donne plutôt un sentiment d’impuissance. Par exemple, les pays européens qui voudraient revenir à plus de réglementation du secteur financier, suite à la crise financière de 2008, sont dans l’incapacité de prendre des mesures, car c’est contraire aux intérêts de la Grande-Bretagne, qui abrite le plus gros centre financier/paradis fiscal au monde, à savoir la City.

A vrai dire, aujourd’hui, le constat est amer, je ne peux penser à un seul terrain sur lequel l’Union Européenne peut se targuer de faire mieux que des Etats individuels souverains.

III. Les causes profondes de l’échec de l’Union Européenne

Les deux raisons principales de l’échec de l’Union Européenne sont les suivantes : les différences de culture, et le besoin de démocratie.

1) Des différences culturelles qu’il n’est ni possible ni souhaitable d’aplanir

Il n’y aura pas d’Etats-Unis d’Europe.

Des Etats-Unis d’Europe se feraient au prix d’une uniformisation culturelle qui à mon avis serait un remède pire que le mal.

La crise actuelle montre à quel point les schémas de pensée, les valeurs, sont différentes d’un peuple à l’autre, au sein de l’Union Européenne. Les Britanniques sont des libre-échangistes convaincus, les Allemands des monétaristes forcenés, les Français privilégient un rôle plus important de l’Etat dans l’économie, etc.

Ces politiques opposées et irréconciliables sont toutes valables dans le contexte particulier de leur pays d’origine, mais les appliquer dans un autre pays ne peut que mener au désastre.

Ma position est que ces affinités pour des politiques différentes trouvent leur source au plus profond de l’âme des peuples concernés. On ne fera jamais d’un Grec une fourmi travailleuse allemande. Sans tomber dans les clichés des Méditerranéens paresseux, on peut avancer l’idée que lorsque l’individu doit faire des arbitrages entre plus de revenus ou plus de temps pour soi, certains individus feront plus facilement le choix d’avoir une vie en dehors du travail. C’est un choix parfaitement valable, mais incompréhensible pour un autre individu qui lui au contraire se réalise par son travail. De même, les inégalités sociales sont mieux acceptées Outre-Manche, en monarchie, alors qu’au contraire l’égalité est un des trois principes fondateurs de la République Française.

Le jour où les Grecs paieront tous leurs impôts, et le jour où les Français cesseront de faire grève, sera un bien triste jour. Ces différences culturelles constituent une richesse qui rend l’Europe bien plus intéressante à visiter et à vivre que les Etats-Unis et autres territoires uniformisés.

Il me parait très improbable que l’uniformisation culturelle soit un jour suffisante pour permettre une uniformisation des politiques au sein de l’UE. Les mentalités changent beaucoup plus lentement que les lois.

2) Le déficit démocratique signe la fin du rêve européen

  • Historiquement, l’UE s’est construite « contre » les peuples, ce qui explique l’émergence d’une caste de technocrates indifférents au sort du peuple

Je me souviens, quand j’étais en Première ou en Terminale, j’ai lu ce paragraphe sur la « solidarité de fait » dans mon livre d’Histoire, et je me suis dit que ce Robert Schuman était vraiment rusé, parce qu’il avait réussi à faire le bien des peuples malgré eux.

Le problème de cette logique, c’est qu’on prend les peuples pour des cons.

Cette conviction de savoir mieux que le peuple, ce mépris de la démocratie, se retrouve à tous les niveaux de ce monstre technocratique dont la construction européenne a accouché.

Mais que sait vraiment de la vraie situation Française ou Slovaque un fonctionnaire européen, assuré qu’il est de son emploi et grassement rémunéré ?

Comme il est facile de prôner l’austérité pour les autres, quand on est économiste à la BCE à 5000 euros par mois !

On peut penser ce qu’on veut de nos hommes politiques, Sarkozy ou Hollande, mais il faut leur reconnaître ce mérite : ils se mettent en quatre pour comprendre ce que veut le peuple et essayer de le satisfaire. Même si dans le cas de Sarkozy, cela a consisté à flatter les bas instincts de la « minorité assiégée », et si dans le cas de Hollande, on a droit à l’hypocrisie de la présidence « normale », avec des ministres qui voyagent en vols low cost. (A titre personnel, je préfère encore ça à la période bling bling qui a précédé). Au moins, ils essaient, ne serait-ce que pour la forme, de tenir compte de l’avis du peuple. Normal, me direz-vous, c’est leur job ! Et s’ils ne nous plaisent pas, on peut les remplacer !

Au contraire, les responsables européens ont en général une attitude suffisante de donneurs de leçons. Convaincus de leur supériorité intellectuelle et morale, ils appliquent un programme ultra-libéral brutal sur le plan économique et très « bobo » sur le plan sociétal.

Le terme « bobo » est certes devenu l’insulte ultime qui veut dire tout et n’importe quoi, donc je précise ma définition : par exemple, une personne aisée qui habite dans un beau quartier, ne prend jamais le métro et encore moins tard le soir, et prône une hausse de l’immigration par tradition d’accueil. En bref, est bobo celui qui prend une posture du « gentil », mais est inconscient des réalités et/ou hypocrite, d’autant plus que la situation matérielle du bobo est confortable, et qu’il n’a pas à subir les conséquences de ce qu’il propose.

De par les concours qu’ils doivent passer et les formations qu’ils doivent suivre pour prétendre à la position confortable de fonctionnaire européen, les membres de l’appareil technocratique bruxellois sont des parfaits « bobos » ultra-libéraux, triés sur le volet. A mille lieux des préoccupations quotidiennes des européens, ils vivent dans un univers parallèle fait de statistiques macroéconomiques et d’abominations juridiques. Il ne faut pas attendre d’eux une quelconque empathie pour les peuples qu’ils sont supposés servir. Les quelques occasions que j’ai eu d’observer des spécimens de fonctionnaires européens m’ont conforté dans cette opinion.

A l’occasion d’une conférence internationale, j’ai invité à discuter un fonctionnaire européen autour d’un café. Je n’avais absolument rien compris à sa présentation. Mais je ne voulais pas parler de sa présentation, je lui ai simplement demandé son opinion concernant l’impopularité croissante de l’UE auprès des peuples, ce qu’on appelle l’euroscepticisme. Je pensais que j’allais susciter de la lassitude, que c’était une question largement traitée en interne à l’UE. Au contraire, j’ai rencontré de l’insouciance teintée d’indifférence. L’euroscepticisme était vaguement considéré comme un phénomène passager à mettre sur le compte de la crise économique.

Evidemment, peu importe l’avis des peuples à un technocrate dont le poste ne dépend pas d’un vote.

  • Le déficit démocratique a laissé un vide de pouvoir, brèche dans laquelle se sont engouffrés les lobbys industriels, véritables gagnants du transfert de souveraineté

Les peuples n’ont pas une grande influence à Bruxelles. En revanche, les lobbys de toutes sortes exercent une influence supérieure à celle qu’ils auraient dans le jeu démocratique national. Toutes les grandes entreprises ont des lobbyistes professionnels basés à Bruxelles chargés de veiller à ce que les normes décidées soient conformes à leurs intérêts.

C’est ainsi que quelques années seulement après le désastre de la vache folle, une fois l’orage médiatique passé, les farines animales sont à nouveau autorisées dans l’Union Européenne. Elles demeurent interdites pour l’alimentation des bovins, en revanchent elles sont autorisées pour les poissons, les volailles, et les porcs [7]. En attendant le prochain épisode des poulets schizophrènes?

D’innombrables décisions qui engagent l’avenir de tous les Européens, de l’étiquetage des produits OGM aux limites d’émissions en particules des véhicules, sont décidées en dehors du processus démocratique.

Depuis des dizaines d’années maintenant, l’Union Européenne, de par les bobos libéraux qui la composent, et de par son mode de fonctionnement technocratique, a servi une idéologie de libéralisation forcenée.

  • L’euroscepticisme est en passe de prendre le dessus et de devenir la nouvelle pensée « mainstream ». Cela mettra en danger la construction européenne, mais constituera une opportunité de réforme.

La nature profondément anti-démocratique de l’Union Européenne telle qu’elle se présente sous sa forme actuelle lui a progressivement retiré toute légitimité aux yeux des opinions publiques nationales.

Cela va se traduire par une recomposition politique. Les partis novateurs qui proposent ce que veut le peuple seront récompensés dans les urnes. Puis, les partis dits « de gouvernement » piochent dans ces idées pour leur programme de l’élection suivante. De même que l’écologie est devenue subitement « mainstream » il y a 4-5 ans, je m’attends à ce que PS et UMP reprennent à leur compte les positions souverainistes défendues par le Front de Gauche et le FN. Ou en subissent les conséquences électoralement.

Cela se traduira par l’arrivée au pouvoir d’hommes politiques défendant des positions souverainistes, qui n’hésiteront pas à remettre en cause de manière brutale et unilatérale les traités actuels. Si le nœud juridique est trop inextricable, on utilisera un ciseau. Dans les faits, le ciseau prendra très probablement la forme d’un référendum.

Le coup d’envoi de cette décomposition pourrait venir du Royaume-Uni, où les poussées conservatrices pourraient forcer Cameron à tenir un référendum sur l’appartenance du pays à l’UE, ou de la Grèce, s’il s’avère finalement qu’elle soit obligée de quitter la zone euro.

La solidarité entre les peuples ne se décrète pas.

IV. Pour restaurer la puissance publique, il faudra restituer une plus grande souveraineté aux Etats

1) La perte de marge de manœuvre des Etats n’a pas été compensée par une hausse de la marge de manœuvre correspondante de l’Union Européenne. Cela induit une baisse nette de la capacité d’intervention publique.

Les Etats ont opéré des transferts de souveraineté vers Bruxelles qui ont limité la capacité d’action de ces Etats. Le problème c’est que cette perte des Etats n’a pas été compensée par un gain équivalent du côté de l’Union Européenne. L’Union Européenne a moins gagné en capacité d’action que ce que les Etats ont perdu.

Cela est dû à la lenteur des processus de décision à Bruxelles, où sur de nombreux sujets les décisions sont prises à l’unanimité, ou au mieux à la majorité des deux tiers. Cela entraîne un délai dans l’adoption des mesures, et l’adoption de mesures souvent vidées de leur substance pour satisfaire toutes les parties.

Pour résoudre ce problème, il faudrait augmenter fortement l’intégration politique, par exemple en créant un poste de président de l’Union Européenne élu par tous les citoyens de l’UE et qui aurait un réel pouvoir exécutif de décision. Il faudrait que les décisions qui nécessitent un traitement rapide puissent être prises à la majorité simple. Cela relève bien sûr de la science-fiction.

Pour que l’UE devienne une construction cohérente, il faudrait augmenter fortement l’intégration politique. Or, on a vu que cela est impossible, essentiellement pour des raisons culturelles.

L’UE a organisé l’impuissance des Etats mais ne leur a pas substitué d’alternative crédible.

Le différentiel de pouvoir entre ce que les Etats ont abandonné et ce que l’UE peut effectivement exercer n’a pas été perdu pour tout le monde. Les lobbys, financiers, industriels, agro-alimentaires, se sont engouffrés dans la brèche pour occuper cet espace tombé du ciel. Les banques placent leurs hommes à la BCE, les industriels envoient des employés siéger dans les commissions chargées de déterminer les seuils de toxicité acceptables, etc. Le vide laissé par la puissance publique est aussitôt occupé par les « barons voleurs ».

2) La restitution de souveraineté aux Etats permettrait d’optimiser la force de frappe publique, mais n’est pas mise en œuvre pour des raisons idéologiques

La fin de l’euro permettrait par exemple à chaque pays d’adopter un taux d’intérêt directeur qui corresponde à sa situation économique. Un pays pourrait faire le choix de faire tourner la planche à billets et d’accepter un plus fort taux d’inflation, dans certaines circonstances.

La puissance publique sera plus efficace si elle s’exerce au niveau des Etats pour deux raisons :

  • la rapidité de décision : au niveau national, le processus de décision est simplifié.
  • le sur-mesure : les Etats pourront adopter une politique qui leur est adaptée, plutôt que de devoir tous porter du 40.

Dans tous les domaines de politique pour lesquels ces deux critères sont les plus déterminants, le pouvoir public est plus efficace au niveau des Etats.

Cela serait notamment valable dans le domaine monétaire, et pour la régulation financière, mais sans doute aussi pour de nombreux autres domaines.

L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Schengen en est le parfait exemple. Abolissons les frontières !  J’aime bien l’idée, mais dans les faits je ne pense pas que ça en valait la peine. Qu’est-ce qu’on y a gagné ? Vingt minutes d’attente au poste frontière si on voyage par la route. Si on fait deux voyages à l’étranger par an par route, ça fait 1h20 d’attente d’évitées, par an. Pour l’avion ça ne change rien puisqu’on subit déjà de fastidieux contrôles de sécurité. En revanche, on ne maîtrise plus vraiment ce qui rentre ou ce qui sort du pays, qu’il s’agisse de marchandises ou d’individus. Inutile de préciser les problèmes très concrets que cela pose en matière de lutte contre les trafics, contre la criminalité, et contre l’immigration clandestine.

Aujourd’hui, force est de constater que le pragmatisme est du côté de l’euroscepticisme.

Nous sommes allés trop loin dans l’intégration économique par rapport à ce qu’il est possible de réaliser comme intégration politique.

A court terme, la seule solution réaliste est d’organiser une restitution de souveraineté en direction des Etats. Cela ne se fera pas sans soubresaut politique majeur, les élites politiques, médiatiques, et économiques étant fortement acquises à l’idéal de construction européenne.

La conséquence, puisqu’on ne peut pas aller plus loin dans l’intégration, et qu’on ne veut pas restituer de la souveraineté aux Etats : le maintien du statu quo, autrement dit, la stagnation.

V. Conclusion : vieil empire décati, enfermé dans une idéologie à laquelle plus personne ne croit, le destin de l’Union Européenne ressemble à s’y méprendre à celui de l’URSS

Depuis l’introduction de l’euro, on constate que l’intégration européenne semble avoir connu un coup d’arrêt. Celui-ci pourrait être daté, en France, du Non à la Constitution de 2005.

La stagnation de l’Union Européenne aujourd’hui est semblable en de nombreux point à la stagnation de l’URSS sous Brejnev. C’est la stagnation d’une structure supranationale qui a perdu l’adhésion des peuples qu’elle rassemble, et dont l’idéologie fondatrice est à bout de souffle, en fin de course.

Au temps de Brejnev, c’est l’idéologie communiste qui était devenue auto-parodique. A l’époque, plus personne au sein même du bloc soviétique ne croyait encore sincèrement à l’avènement du « paradis sur Terre » promis par l’idéologie communiste.

Aujourd’hui, c’est au sein de l’UE que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent contre l’idéologie néolibérale, le « Quand l’eau monte, tous les bateaux montent », qui déjà avant la crise financière a été mis à mal par les déséquilibres commerciaux croissants et les inégalités sociales de plus en plus obscènes. L’idéal fédéral, quant à lui, est remis en cause par les identités nationales.

L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Le communisme ne voulait-il pas susciter l’avènement d’un paradis sur Terre ? Quel objectif plus louable ? De même, y-a-t-il mission plus louable que celle de l’Union Européenne ? Mettre fin pour de bon aux guerres qui ont saigné le continent, favoriser l’amitié entre les peuples, réaliser l’unité pour parler d’une seule voix et retrouver un peu de sa grandeur passée, qui pourrait être contre ?

Malheureusement, ou heureusement, les idéologies finissent toujours par être rattrapées par la réalité.

De même que l’URSS s’est disloquée, contre toute attente, en quelques années, parce qu’elle ne reflétait pas les désirs des peuples qui s’y trouvaient, je suis persuadé que les jours de l’U.E. sous sa forme actuelle sont comptés.

Le rêve européen s’est échoué sur les récifs des différences culturelles.


Références

[1] Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe qui a eu lieu le 29 mai 2005.

[2] Référendum constitutionnel irlandais, rejeté en 2008, approuvé en 2009, rendant possible la ratification du Traité de Lisbonne.

[3] Traité de Lisbonne, devant permettre la poursuite de l’intégration européenne en dépit du rejet de la constitution européenne.

[4] La Communauté européenne du charbon et de l’acier fondée sur un Traité entré en vigueur le 23 juillet 1952.

[5] Déclaration Schuman du 9 mai 1950 au Quai d’Orsay : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. »

[6] Interventien de Daniel Cohn-Bendit au Parlement Européen.

[7] Communiqué de presse du Conseil National de l’Alimentation

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