« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». (Jean XI, 25, 26)

I – Le Royaume de Dieu

Au commencement était Sparte : une société où la hiérarchie, au profit d’une petite minorité et au détriment d’une grande majorité, était fondée sur le sang versé (guerre) et transmis (hérédité). Dans ce monde où la Noblesse et la morale des forts dominaient, c’est Dieu qui occupait le trône : en effet, la religion justifiait l’ordre social établi. La vie sur terre n’est alors conçue que comme une transition avant l’arrivée dans l’au-delà.

II – La chute

Puis vint la victoire des Ilotes. La masse (le Tiers-états) triompha de la race et la religion qui légitimait l’ancien monde fut renversée. Alors Lucifer en révolte contre Dieu apporta au monde les Lumières et incita les peuples à venir se repaître auprès de l’arbre de la connaissance; s’en suivit dès lors guerres et colonisation au nom de l’universalisme et de la prétendue supériorité civilisationnelle de l’Occident. La révolution de 1789 fut le pêché originel qui provoqua la dynamique de chute perpétuelle que nous vivons depuis.

III – Le jardin d’Éden

Dans un monde où « Dieu est mort » et où par conséquent l’espoir d’un salut post-mortem est banni, il est normal que les hommes aient voulu l’établissement d’un monde parfait ici et maintenant. Le libéralisme philosophique a mit le bonheur des individus au centre des préoccupations, les totalitarismes du XXe siècle iront encore plus loin en essayant de changer l’homme (par la science et l’endoctrinement), poursuivant en cela l’objectif de la réalisation d’un monde idéal. L’idée d’un paradis terrestre possible remplaça dans les esprits celui du paradis divin.

IV – La mort de l’homme

Mais l’échec du communisme mit fin à ces ambitions. Le communisme n’était pas l’antithèse du liberal-capitalisme mais son frère ennemi : l’un est Caïn, l’autre Abel, ou bien l’inverse. A bien y réfléchir, le communisme ne se distingue du capitalisme que par l’idée que la collectivité solidaire doit primer sur l’individu égoïste, et l’égalité sur la liberté. Pour le reste, ces deux idéologies regardaient dans la même direction, à savoir vers le progrès de la technologie et des sciences, la profusion et la croissance économique, la destruction des États, des frontières et des identités enracinées, l’athéisme etc. Si le capitalisme l’a emporté, c’est qu’il s’est révélé bien plus efficace dans tous ces domaines.

Le communisme aura toutefois légué l’illusion, évidemment fausse, que le bonheur des individus se situe principalement à un niveau matérialiste. Il faudra bien sortir un jour de la matrice de pensée libéral-communiste pour pouvoir comprendre qu’un être humain ne peut seulement se contenter d’une hausse de son pouvoir d’achat ou même d’une plus grande égalité sociale pour se satisfaire.

Quoiqu’il en soit, avec la chute du communisme, c’est aussi l’espoir de voir émerger un « homme nouveau » ainsi qu’un monde paradisiaque terrestre qui fut enterré. Débarrassés de Dieu, et confrontés aux expériences totalitaires sanglantes et cauchemardesques du passé, les hommes se retrouvent face à leur impuissance à pouvoir trouver le « salut commun » en ce bas monde. Seul subsiste alors le système libéral pessimiste du « moindre mal » comme perspective de présent et d’avenir. De ce fatalisme découle le nihilisme contemporain.

V – La résurrection

Face à ce phénomène, nous voyons en ce moment la réapparition furtive à travers l’islamisme d’un Dieu archaïque. L’islamisme sunnite est voué à l’échec car sa faiblesse ontologique réside dans le fait d’être un mondialisme sans assise étatique et son ambition universaliste de vouloir convertir un monde pour qui le Dieu des Livres est définitivement mort. La démographie et la puissance culturelle sont les seuls atouts de l’Islam pour se répandre.

Pour échapper au nihilisme, il faut faire ressusciter l’Homme et Dieu et les faire cohabiter chacun dans leur sphère. Au premier, il faut redonner la possibilité de maîtrise de son destin et de son être dans les limites toutefois imposées par sa condition et sa nature afin de ne pas voir les tristes expériences de « table rase » du XXe siècle se réitérer; quant au second, il faut l’envisager comme un démiurge dont les intentions demeureront cachées aux hommes et dont la preuve irréfutable de la présence n’est pas à chercher dans des Écritures saintes mais dans l’existence des êtres et des choses ainsi que l’ordonnancement incroyablement fonctionnel (des micro-cellules aux macro-planètes et plus encore) de l’univers.

Joseph Sorel

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