La crise syrienne est le point culminant des révoltes arabes et celui quasi-d’arrivée des volontés impérialistes américaines. En effet, nous savons aujourd’hui par des éléments de faits qui ont été rapportés que les américains, aussi surprenant que cela puisse être, ont participé à créer l’étincelle d’embrasement des soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte par la formation d’agitateurs à l’action de subversion politique non-violente et en facilitant la communication des cyber-dissidents par la mise à leur disposition de moyens techniques exorbitant du commun. Autrement dit : la chute de Ben Ali et de Moubarak doit en partie aux actions des services américains.

Faire tomber des dictateurs qu’ils avaient toujours soutenu pour tenir en laisse les peuples arabo-musulmans, la politique américaine peut paraître de prime abord contradictoire. Mais cette stratégie n’est pas si surprenante que cela si on y regarde de plus près et si on garde à l’esprit que le but des américains est d’ébranler de l’intérieur des pays dans lesquels leur influence est limitée. La théorie des dominos a été pensé par des géopolitologues américains lors de la guerre froide. Selon cette théorie, quand un régime tombe, se crée une dynamique contre les régimes qui lui sont similaires. Cette théorie se vérifie par les faits puisque la révolte du peuple tunisien a entraîné le soulèvement d’autres peuples arabes contre leurs dictateurs, que ce ceux-ci soient pro- ou anti-occidentaux. Comme dans une partie d’échec, les américains sacrifient des pions de leur jeu pour faire tomber les pièces maîtresses du jeu adverse. La première fut Kadhafi dont la politique d’indépendance (création d’une monnaie et d’une banque centrale africaine prévue pour 2014) de l’Afrique représentait un danger pour les maîtres occidentaux qui iront jusqu’à intervenir militairement (sur l’initiative de Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy) afin de provoquer sa chute. La seconde sera peut-être Bachar el-Assad, acteur majeur et contrariant lui aussi, car partie prenante dans l’arc chiite tenu par Téhéran.

On remarque que depuis la chute des anciens régimes dictatoriaux post-coloniaux archaïques et sclérosés, les islamistes ont partout remporté des victoires électorales. Les américains joueraient-ils avec le feu ? Non, car les islamistes sunnites n’ont jamais représenté un danger conséquent pour les impérialistes occidentaux. Trop religieux et peu fins stratèges, ils ont souvent été utilisés par les américains comme alliés de terrain (guerre d’Afghanistan contre l’Union soviétique), comme éléments facteurs de déstabilisation (Tchétchénie) des puissances rivales ou comme idiots utiles (Al-Qaida et les attentats du 11 septembre qui a permis aux américains de lancer leur campagne de guerre contre le terrorisme et contre « l’Axe du Mal »). Dans l’optique du « Printemps arabe », c’est encore le cas : ce sont des islamistes sunnites soutenus par les occidentaux qui ont été à l’œuvre en Libye et qui le sont actuellement en Syrie.

En conclusion, je dirais que la crise syrienne cristallise sur elle les conflits d’intérêt entre l’occident et les puissances eurasiatiques et qu’on voit se dessiner à travers elle le schéma des conflits armés mondiaux à venir, avec comme belligérants, d’un côté : l’Arabie Saoudite, Israël, islamistes sunnites, pays européens, Etats-Unis, et de l’autre : l’arc chiite, la Russie et la Chine. Si la chute de Bachar el-Assad survenait, cela signifierait que les américains ont atteint leur objectif d’affaiblir leur ennemi iranien.

Joseph Sorel

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